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Miradas españolas (regards espagnols) : Notre cinéma se concentre sur l’Afrique

Lors d’une dernière récolte de cinéma espagnol où les films qui regardent l’Afrique ont augmenté et certains d’entre eux ont même eu plusieurs nominations aux Goya et quelques prix, le FCAT projette de nouveau le cinéma espagnol -et andalou-. Une poignée de titres projetés à Tarifa qui nous donneront les clés de la nouvelle relation entre l’Espagne et l’Afrique au travers du cinéma, ainsi que l’image diffusée dans ces nouvelles productions.

Images d’archive et mémoire

Comme c’est le cas dans notre section Afroscope, les images d’archive alimentent également un des documentaires de la section Miradas españolas, Memorias de ultramar (Souvenirs d’outre-mer), de Carmen Bellas et Alberto Berzosa. Produit par la Cinémathèque espagnole et utilisant des images d’archives de plusieurs cinémathèques du pays, ce long-métrage se contente de vidéos faites maison, réalisées par des familles qui vécurent dans les colonies, provinces et territoires sous domination espagnole entre 1940 et 1975. Ses réalisateurs ont utilisé 14 heures de matériel fait maison pour construire un récit de 48 minutes sur l’Espagne coloniale africaine (Sahara, Tanger, Guinée équatoriale et Maroc). Un récit complexe et délicat car le point de vue actuel a peu à voir avec celui de ceux qui ont fait les enregistrements pendant ces plus de trois décennies.

Le FCAT programmera également cinq autres films de thématique africaine produits dans ce pays, comme Anunciaron tormenta (une tempête est annoncée), de Javier Fernández Vázquez. Un dispositif narratif de grande intelligence qui aborde un thème peu documenté : la colonisation espagnole en Guinée contée depuis des archives qui furent durant des années « matière réservée », ainsi qu’au travers de la mémoire orale des scénaristes. Avec des voix-off, le film essaie de réfléchir sur les lacunes, les silences et les contrevérités sur quoi se construit l’histoire coloniale.

Des esclaves et des silences

Cartas mojadas (Cartes trempées), de Paula Palacios, film nominé aux prix Goya comme Meilleur film documentaire, suit l’équipage d’un bateau d’Open Arms qui se rend en Libye pour sauver des immigrants naufragés en Méditerranée. Produit par Isabel Coixet, il s’agit d’un film cru qui sert de témoin de ce qui se passe dans le voyage migratoire : la lutte entre les garde-côtes libyens et les embarcations de sauvetage des ONG européennes, les morts, le rejet à Lesbos. Mais également le traitement honteux que l’Europe donne à qui réussit finalement le miracle. « Il faut que la vérité se sache », dit Óscar Camps, réalisateur de Proactiva Open Arms, dont le bateau est également le protagoniste.

Cachita, la esclavitud borrada (Cachita, l’esclavage effacé), de Álvaro Begines, conte le silence en Andalousie. Une des rares productions andalouses de cette édition du FCAT est un documentaire qui récupère la mémoire de l’esclavage noir en Andalousie, un puissant héritage qui a survécu aux flous de l’histoire. C’est pourquoi tous ceux qui brisent la chaîne la plus forte et la plus dangereuse qui puisse exister, celle de l’ignorance, sont dignes d’éloges. On sait peu de choses qu’il y eut en Espagne de très nombreux esclaves noirs entre le XVIe et le XIXe siècle. Des personnages fascinants défilent dans le documentaire comme le négrier Pedro Blanco, l’esclave Juan Latino, qui parvient à devenir professeur à l’Université de Grenade, ou encore Cándida La Negra, la dernière esclave.

Pescado robado (Poisson volé), est un autre documentaire qui suit trois habitants de la côte de Gambie, un des pays les plus dévastés par l’exploitation étrangère de ses ressources et par son départ violent vers l’Europe ingrate. L’un des personnages suivants, Abou Sene, réfugié à Séville, sera présent au festival à partir du jeudi 3 juin. Une de ces âmes qui a toujours projeté l’idée de la migration, une réalité violente et indésirable, qui est devenue la seule issue (indigne) à l’espoir d’un avenir. 

Réalisé par la journaliste et cinéaste polonais Gosia Juszczak, sa demi-heure est suffisante pour reconnaître une voix ferme de sa créatrice.

Pour finir, Barzaj, d’Alejandro Salgado, mot en arabe qui signifie quelque chose comme « limbes », l’état intermédiaire entre deux choses, tourne autour de ce limbe de nuit qui parait éternelle. Face à un horizon maritime incertain, un groupe de jeunes désignés comme « MENAS » attendent à Melilla le moment de rejoindre l’Europe. Une collection de moments traversés par l’espoir, les temps morts (entre le désir et l’avenir) de jeunes libres et rebelles que le réalisateur sévillan dépeint avec un mélange rare de vérité et de poésie. 

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