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Afroscope : Croisement des regards à large portée

Afroscope est un croisement de regards. Une section classique du Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger (FCAT) qui rassemble des films abordant un panorama de films africains ou internationaux sur les réalités les plus contemporaines du continent. Un regard de longue portée pour percevoir le battement de l’Afrique, de l’activisme politique au rythme de sa musique, en passant par l’engagement féministe ou LGBTIQ, la mémoire historique et, dans cette édition, avec une grande importance des images d’archives.

La démocratie est un processus créatif

Les activistes africains redéfinissent leurs démocraties en mettant la manifestation au centre. C’est ce qu’appelle le politologue Zachariah Mampilly « démocratie de protestation », affirmant que « la démocratie est un processus créatif ». Les cinémas d’Afrique, tant maghrébins que subsahariens, montrent un fait remarquable depuis l’éclatement du printemps arabe. Longs et courts-métrages qui retracent et documentent la même quête : une société plus démocratique et plus juste dans des pays très différents.

Dans cette édition, ces regards sont toujours actifs depuis le féminisme dans des documentaires comme Ghofrane y las promesas de primavera (Ghofrane et les promesses de printemps) de Raja Amari, où sa protagoniste, une jeune noire de 25 ans, incarne l’effervescence politique de la Tunisie actuelle au travers de ses engagements et sa liberté d’expression. Victime de discrimination raciale, elle décide de se consacrer à la politique pendant une année électorale cruciale pour son pays. Ce documentaire met en lumière le racisme en Tunisie et la place de la femme dans une société en mutation.

Autre femme, Mrs. F, utilise le théâtre comme outil pour aider les citoyennes de Makoko, un quartier périphérique du Lagos (Nigéria), de s’émanciper des hommes dans un long-métrage du néerlandais Chris van der Vorm. Un film qui tente de répondre à la question de savoir si une représentation théâtrale dans un quartier nigérian peut briser la culture du silence sur la violence et l’oppression des femmes.

Allons maintenant au Kenya avec un autre candidat dans une campagne électorale. Un activiste appelé Boniface « Softie » Mwangi qui devra se confronter à des opposants corrompus avec une campagne propre et idéaliste. Le film Softie, du directeur Sam Soko, explore les complexités de l’équilibre entre l’amour profond d’un homme pour son pays et les besoins de sa famille, en plus d’approfondir ce qui nourrit le besoin d’un activiste de faire avancer le changement.

Mémoire historique : se submerger dans les racines de l’horreur

Quant au cinéma politique qui regarde en arrière dans l’histoire, le génocide rwandais et ses racines seront également présents dans les films comme Nuestra señora del Nilo (Notre dame du Nil), de Atiq Rahimii, dont l’action se déroule dans un pensionnat catholique rwandais dans les années 70, un monde de jeunes filles de l’élite apparemment innocentes qui explore les liens entre le sacré et la violence en s’immergeant dans les racines de l’horreur. Un film qui dépeint l’origine de la vague de barberie ethnique qui aurait provoqué plus de 800.000 morts dans le « pays des mille collines » deux décennies plus tard.

Sur le génocide rwandais et burundais tourne également le film français Pequeño país (Petit pays), d’Èric Barbier, qui adapte le roman autobiographique du rappeur burundais-français Gaël Faye, nominé aux Prix César 2020 dans la catégorie « Meilleure adaptation ». Un autre miroir de la violence, du chemin vers le cauchemar, à travers le regard d’un enfant métis du Burundi voisin qui passera de l’innocence des jeux à l’apparition de la haine ethnique dans sa vie.

Images d’archives, nouvelles histoires

Enfin, les images d’archives dans le cinéma documentaire, qui au cours des dernières années ont joué de nouvelles propositions esthétiques, des récits renouvelés et même des subjectivités différentes dans des productions du monde entier, sont également parvenues dans les cinémas d’Afrique ou de thématique africaine. Trois documentaires en sont la preuve -deux d’entre eux dans la section Afroscope et le troisième dans la section Miradas españolas (regards espagnols) – que projettera le FCAT 2021.

Acerca de algunos acontecimientos carentes de sentido (À propos de certains événements dénués de sens) est un long-métrage de Mostafa Derkaoui restauré par la Cinémathèque de Catalogne 75 ans après sa censure au Maroc, où il a suscité beaucoup d’enthousiasme à son époque, Il s’agit donc d’un film à peine vu par le public. Après son exposition à un festival de Paris en 1975, le gouvernement de Hassan II l’interdit. Il ne se reverra pratiquement pas. Il se perdra et restera dans l’oubli, mais l’enquêteuse marocaine Léa Morin retrouve une copie à Barcelone. Le film, à cheval entre documentaire et fiction, a lieu à Casablanca et parle du marocain à pied et tout ce qui peut lui arriver dans un film contre les relations autoritaires de pouvoir.

Pour sa part, África blanca (L’Afrique blanche) est un court-métrage de Filippo Foscarini et Marta Violante sur l’invasion de l’Éthiopie et le colonialisme italien dans ce pays, qui mélange des images des archives historiques avec des dessins animés de l’époque. Dans les salles de classe italiennes des années 30, le thème colonial occupe une position de premier plan. L’Afrique représentée par le régime fasciste pour les enfants contraste avec l’innocence des dessins réalisés dans les écoles.

Vie rurale et urbaine en Éthiopie

Enfin, Rift finfinnee, de Daniel Kötter, est une autre première en Espagne, comme la majorité des films d’Afroscope. Un documentaire sur l’expansion de la construction immobilière dans la périphérie dAddis-Abeba (Éthiopie). Au détriment des agriculteurs qui doivent céder leurs terres pour une misère. Le titre Finfinnee se réfère à la capitale éthiopienne, Addis Abeba, en Oromo, la langue du public rural. Le long-métrage est une narration audiovisuelle polyphonique de personnes qui sont obligées de faire l’expérience de l’urbanisation impétueuse des sociétés africaines par les mauvaises, enregistrée comme une étude de cas qui s’épand dans une allégorie complexe.

Des enfants qui sont de grands artistes de cirque dans Movimientos de circo (Mouvements de cirque), Lukas Berger & Mário Gajo. L’art du cirque est un espace de diversité, de coopération et d’intégration. Un espace magique avec de vraies personnes. Un court-métrage expérimental qui est tourné avec des élèves d’une école de cirque éthiopienne dans les magnifiques paysages du pays. Le film est parsemé de scènes quotidiennes de la vie urbaine et rurale.

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