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Dimanche au Festival de Tarifa : Cinéma social et poésie avec le regard tourné vers le Détroit

Le cinéaste Dieudo Hamadi, documentaliste référent dans les cinémas d’Afrique, offre une masterclass qui retrace sa carrière dans El Árbol de las palabras (L’Arbre à Palabres)

La promenade Entrelíneas (Entre les lignes) et l’Espacio Literatura (l’Espace Littérature) mettent des mots aux activités parallèles

Tarifa, le 30 mai 2021. Le Festival de Cinéma Africain a répandu des mots dans les rues et les places de Tarifa dans sa journée la plus littéraire. À la puissance des images du cinéma s’est ajoutée la littérature et la poésie qui se penchent sur l’Afrique dans l’une des activités parallèles classiques du FCAT, l’Espacio Literatura.

Le Théâtre Alameda a accueilli la présentation de Libros del Baobab (Livres du Baobab), une collection littéraire fondée par Sonia Fernández (Literáfricas), Chema Caballero (África no es un país y Mundo Negro) et Alejandro de los Santos (Afribuku et FCAT), qui cherche à créer une communauté de lecteurs permettant de poursuivre la traduction d’auteurs africains en langue espagnole. Caballero a présenté au FCAT l’œuvre Estoy solo, de Mbarek Ould Beyrouk., traduit pour la première fois en castillan. 

C’est le premier roman de cette collection, qui se déroule dans une ville située aux portes du Sahara qui vient d’être occupée par un groupe terroriste et dans laquelle le protagoniste construit un monologue dans lequel il réfléchit sur la transformation de ses amis en terroristes et sur le sort d’une population entre les mains de extrémistes religieux, une histoire qui a reçu le Prix Ahmed Baba de littérature.

Selon Chema Caballero, « dans Libros del Baobab, nous voulons traduire des littératures africaines qui ne parviennent normalement pas au public espagnol. La littérature écrite depuis l’Afrique pour des Africains ». En Espagne, on publie des auteurs africains vivant dans d’autres pays occidentaux, mais pas des auteurs qui vivent et écrivent d’Afrique ». A propos du livre Estoy solo, Chema Caballero commente que grâce à cette publication « en Espagne, nous avons la première œuvre traduite d’un auteur mauritanien, avec une prose poétique spectaculaire, des perspectives très contemporaines et une approche féministe ».

De son côté, l’écrivain et rappeur rwandais Gaël Faye a également présenté de manière virtuelle son roman à succès Petit Pays, sur lequel est basé le film du même nom qui est projeté dans la section Afroscope et qui explore les racines de la violence à travers les yeux d’un enfant. Et ce, au cours de la semaine où Emmanuel Macron, en visite officielle au Rwanda, a reconnu la « responsabilité acablante » de son État dans la mort de plus de 800.000 Rwandais, la majorité de l’ethnie tutsi, en 1991.

À midi, Entrelíneas a commencé son parcours dans les rues de Tarifa, qui, de la main de la poésie, a eu pour protagoniste l’ouvrage Époque de migration au nord, de l’écrivain soudanais Tayyeb Saleh.

Parallèlement, lors d’un rendez-vous unique comme ses films, le cinéaste congolais Dieudo Hamadi a dialogué avec l’expert et critique des cinémas africains, Olivier Barlet dans une rencontre virtuelle retransmise en streaming depuis la Casa de la Cultura. El Árbol de las palabras (L’Arbre à Palabres) a accueilli une masterclass qui a parcouru la vie et l’œuvre du documentariste, auteur de plusieurs films primés dans les plus grands festivals du monde et présentés tout au long des éditions du FCAT.

L’œuvre et regard de Hamadi représentent l’une des références les plus remarquables du cinéma documentaire subsaharien contemporain, en offrant un portrait kaléidoscopique large du Congo actuel. Lors de cette session, Hamadi a parlé des films qui l’ont marqué, comment il a grandi en regardant des films hollywoodiens jusqu’à ce qu’il découvre un autre genre de cinéma dans lequel il ressentait des émotions différentes.

Le cinéaste a approfondi des questions comme l’endroit où il décide de mettre sa caméra pour saisir ce qui se passe dans ses documentaires, comment les institutions politiques, éducatives ou sanitaires sont importantes dans ses œuvres pour parler de la société congolaise, mais aussi en sortir, et comment véhiculer leurs histoires à travers un personnage principal, comme nous l’avons vu dans le film primé au FCAT 2017 Mama Colonel.

Lors de cette conversation, Hamadi a reconnu qu’il ne sait jamais quel sera le résultat d’un film quand il commence à y travailler, car il filme la réalité de manière directe. « Quand je commence à tourner, je ne sais même pas où je vais », a avoué le réalisateur, qui trouve dans le documentaire « une école de cinéma fondamentale ». Pour Dieudo Hamadi, « les possibilités expressives du genre documentaire sont aussi vastes que dans la fiction ».

Son dernier film, En route pour le milliard est en compétition dans la section officielle Hipermetropía (Hypermétropie) après son passage au Festival de Cannes, étant le premier film congolais sélectionné au festival de la Côte d’Azur.

Le documentaire honore la résistance des victimes de la guerre, en se concentrant sur un groupe de victimes qui luttent depuis 20 ans pour la reconnaissance officielle du conflit, ainsi que pour la compensation de leurs pertes. Frustrés par l’apathie des dirigeants locaux, ils décident de porter leur cas à la capitale, Kinshasa, un périlleux voyage le long du fleuve Congo.

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